Travailleurs frontaliers en Suisse : les Français toujours plus nombreux en 2025

Malgré une légère stagnation observée ces derniers mois, largement due à un contexte international de plus en plus incertain, le travail frontalier continue d’attirer chaque année davantage de Français. Afin de mieux comprendre ce phénomène, nous vous proposons une série d’articles couvrant les différents aspects de la question frontalière : démographie, emploi, santé, répartition géographique, sociologique, etc. Et pour ce premier opus, retour sur les grands chiffres et tendances à fin décembre 2025 (Source : étude Ursaff).

Quotidien
jambes vue d'en haut devant un drapeau suisse dessiné au sol

236 000 Français travaillent désormais en Suisse

Le travail frontalier continue de progresser. Fin septembre 2025, 410 000 personnes traversent chaque jour une frontière pour aller travailler en Suisse. Et parmi elles, 236 000 résident en France. Les Français représentent à eux seuls 58 % de l’ensemble des frontaliers et restent très largement la première nationalité, loin devant les Italiens (23 %) et les Allemands (16 %).

Une hausse se poursuit également côté français. En un an, le nombre de Français travaillant en Suisse est passé de 234 000 à 236 000 personnes. Mais si l’on compare les années 2023 et 2024, la progression reste encore très marquée : + 4,5 %, soit près de 10 000 frontaliers supplémentaires.

Une hausse particulièrement forte depuis cinq ans, notamment dues à l’assouplissement des règles sur le télétravail frontalier et la reprise économique après la crise du Covid-19 : depuis 2019, le nombre total de frontaliers en Suisse a augmenté de plus de 20 %. Ce phénomène reste toutefois toujours fortement lié au contexte économique : ainsi, alors que l’économie européenne connaît des difficultés, notamment depuis les guerres en Ukraine et en Iran, on constate depuis 18 mois un certain infléchissement : il n’y a ainsi eu “que” 2000 frontaliers de plus en 2025, alors qu’ils étaient régulièrement plus de 10 000 en plus tous les ans au début des années 2020.

Pourquoi les frontaliers français sont-ils de plus en plus nombreux ?

Plusieurs raisons expliquent cette progression.

Les raisons économiques

Les salaires proposés en Suisse restent parmi les plus élevés d’Europe, voire du monde dans certains secteurs. Même en tenant compte du coût de la vie, de nombreux actifs français trouvent plus avantageux de travailler en Suisse tout en vivant en France.

Un environnement similaire à la France

Deuxième facteur : la Suisse romande, et en particulier le bassin genevois, reste très attractive pour les Français. La langue, la proximité culturelle et géographique rendent le travail frontalier finalement assez accessible, mais surtout, la souplesse et le relatif dynamisme du marché du travail offrent de nombreuses opportunités, à tous types de publics et de profils.

Certains secteurs recrutent ainsi fortement en Suisse, quand le marché de l’emploi est parfois plus tendu côté français : l’industrie, la santé, le commerce ou encore les services aux entreprises continuent notamment d’embaucher de nombreux ressortissants français.

Des réseaux de transport qui s’améliorent

À cela s’ajoutent enfin des infrastructures de transport qui facilitent les déplacements quotidiens : si le transport a été, et reste par ailleurs, le point noir pour beaucoup de frontaliers, le Léman Express autour de Genève, les axes autoroutiers vers Bâle ou encore le développement des liaisons dans le Pays de Gex ou le Haut-Doubs ont permis de faciliter la mobilité quotidienne. Des avancées qui restent pour autant à relativiser, puisqu’en moyenne, un frontalier parcourt 32 kilomètres pour se rendre à son travail, et un sur cinq plus de 50 kilomètres chaque jour.

Annecy, Haute-Savoie

La Haute-Savoie reste le premier département frontalier

Le travail frontalier se concentre très largement dans quelques territoires.

À elle seule, la Haute-Savoie accueille 43 % des frontaliers français travaillant en Suisse, soit plus de 102 000 personnes, représentant plus d’un salarié sur 5 du département. Viennent ensuite Haut-Rhin (plus de 40 000), le Doubs (34 000 frontaliers) et l’Ain (un peu plus de 30 000).  Dans ces départements, les frontaliers représentent environ 10% de la population salariée.

Au-delà de ces chiffres départementaux “globaux”, le phénomène frontalier prend encore plus d’ampleur à l’échelle locale. Dans certaines intercommunalités frontalières, le travail en Suisse est ainsi devenu la norme : c’est notamment le cas dans la communauté de communes du Genevois ou dans le Val de Morteau, où plus d’un salarié sur deux travaille de l’autre côté de la frontière.

 

Genève concentre près d’1 frontalier français sur 2

Sans surprise, le canton de Genève reste le principal bassin d’emploi des frontaliers français, avec près de 114 000 Français qui y travaillent, soit près de la moitié de l’ensemble des frontaliers français. Parmi eux, 74 % habitent en Haute-Savoie et 19 % dans l’Ain.

Le canton de Vaud arrive en deuxième position avec 45 000 frontaliers français, soit 19 % du total. Viennent ensuite Bâle-Ville (8 %), Neuchâtel (7 %) et Bâle-Campagne (6 %).

 

Industrie, santé, commerce : les secteurs qui recrutent

Contrairement aux idées reçues, le travail frontalier ne concerne pas seulement la finance, les grandes entreprises ou organisations internationales de Genève. En réalité, près des deux tiers des frontaliers français travaillent dans cinq secteurs seulement.

Le premier est l’industrie manufacturière, qui emploie à elle seule 47 000 Français, soit 20 % des frontaliers. Ce secteur est particulièrement important dans le Doubs, le Jura et le Haut-Rhin.

Viennent ensuite :

  • les services administratifs et de soutien (13 %) ;
  • le commerce et la réparation automobile (13 %) ;
  • la santé humaine et l’action sociale (11 %) ;
  • les activités scientifiques et techniques (10,5 %).

La santé est d’ailleurs l’un des secteurs les plus dynamiques, notamment autour de Genève et de Lausanne, où les besoins de recrutement restent très élevés.

 

Une tendance appelée à durer

Si sa croissance ralentit, le travail frontalier devrait continuer à progresser dans les prochaines années. La Suisse manque de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, tandis que les territoires français proches de la frontière restent attractifs pour les ménages. Le développement des transports, l’augmentation du télétravail partiel et les différences de salaire entre la France et la Suisse devraient continuer d’alimenter cette dynamique.

Une hausse qui continue de soulever aussi de nombreuses questions : logement, mobilité, fiscalité, assurance maladie, chômage, retraite… Autant de sujets que nous aborderons dans les prochains articles de cette série.

 

 

 

Sources : étude Urssaf.

Article à caractère informatif et publicitaire. Avril 2026.

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